Des enseignants décrochent
Publié il y a 4 mois par Frannin dans Ecole de l’échec ou école de la réussite ? .
Ceci n'est pas une idée mais plutôt une question
Je connais assez personnellement 2 personnes vers la trentaine et de très grande qualité humaine et professionnelle, toutes 2 enseignantes. L'une a déjà quitté ce métier qu'elle adorait, car elle devait continuellement changer d'école pour effectuer des remplacements et ne supportait plus de n'avoir jamais le temps de voir le résultat de ses efforts.
L'autre, chef de famille, multiplie aussi les remplacements ultra temporaires et parfois même il est temporairement au chômage et il fait un nombre de kms incroyable. Il aime vraiment ce qu'il fait et essaie de s'accrocher. mais il commence quand même à chercher vers quel autre métier il pourrait se tourner.
Quel gachis de forces vives !!! Et pourquoi ???
15 réponses
Nous vivons malheureusement dans une société où beaucoup de nos actions doivent se concevoir avec les risques qu'elles peuvent amener. Même enseigner (ou travailler dans une école) devient un risque à calculer.
Récemment un parent a voulu "me faire la tête au carré" (pour info j'ai une fonction de direction) parce que sa fille mangeait mal dans le cadre d'un échange scolaire ... La violence parentale de certains est en augmentation ... et en ce domaine, toutes les fonctions sont visées dans l'école ...
Il y a quelques années, un parent voulait même "dévisser ma petite tête" car j'avais demandé à sa fille d'enlever l'un de ses piercings ...
Règlementer ne fait que traiter les conséquences ... et alourdir la vie de tous ...
L'école n'échappe pas à la bureaucratisation de ses activités, à l'instar de tout en Belgique.
Merci Denis d'avoir répondu à ma contribution
Tout ce que vous me dites, j'en suis absolument persuadée et loin de moi l'envie de donner des leçons
Simplement je me dis "quel gachis ! "
Il est vrai aussi que garder une vision idyllique dans l'enseignement est un vrai combat ! tous les jours ! (voire toutes les heures !)
Personnellement, je vais à l'école et y travaille pour les élèves avant tout. Dans leur grande majorité, ils sont demandeurs de nos expériences. Le reste, je tente de le mettre comme l'accessoire de la fonction, nécessaire mais pas unique.
On répare souvent le gâchis social dans une école, et parfois, dans une certaine mesure, l'école participe à la constitution de ce gâchis...
Courage, le pire est peut-être à venir (forme d'optimisme sur le présent)...
Etre parent à l'école est aussi un risque à calculer : je me suis fait tutoyer par un professeur de math qui m'a crié à deux reprises "toi, tais-toi", ivre de colère, parce que j'avais osé lui demander de me produire le registre de l'oral sur lequel il avait consigné les questions posées et les réponses apportées par mon fils lors de l'examen théorique de mathématiques de juin, l'épreuve orale notée était notée 0/40. L'épreuve écrite notée 1/60 comportait 4 exercices dont le 3ème est correct mais la démarche appliquée par l'élève pour atteindre la réponse (juste) n'était pas suffisamment précise???. Je suis civilisée, je n'ai pas voulu "lui faire la tête au carré", j'ai demandé ces pièces officiellement.
En septembre, la préfète, ma demande de recours à la main, m'a dit "m'enfin, madame, vous n'avez pas vu que pour les recours c'était hier? Je ne peux malheureusement plus rien faire pour vous aider"
En janvier les inspectrices m'ont dit que si le professeur est absent à la réunion des parents pour une raison valable (dans ce cas, "jury central"), je suis vraiment un parent épouvantable qui ne peut même pas comprendre ça! Je suis la dernière des dernières de ne pas comprendre qu'une feuille d'examen (qui soit disant n'existait pas) a pu se glisser dans l'examen d'un autre, c'est pour ça qu'on n'a pas pu me la donner.
Quand l'inspectrice enfin déclare, d'entrée de réunion : "je ne vous dirai pas qui pour ne pas vous faire de peine, mais il y a un menteur dans l'histoire, nous avons deux versions différentes, celle de l'école et celle de votre fils".
En janvier, la préfète, demande notre exclusion de l'association de parents en public, sous prétexte que "nous dénigrons son établissement"
En juin, la préfète nous crie dans le couloir "je me passe de vos commentaires, monsieur, si vous n'êtes pas d'accord, vous n'avez qu'à changer votre enfant d'école" puis dépose plainte à la police, "elle a cru que monsieur allait l'empoigner"!!
Je plains vraiment les enseignants qui ont envie de travailler, et qui se retrouvent dans ce genre d'établissement, où le règlement ne sert pas à vivre en harmonie, tous ensemble, mais ne sert qu'à quelques uns, qui le modifient et l'adaptent à l'envi.
Rendre des comptes n'est pas encore acquis chez tous les enseignants. C'est souvent perçu comme un manque de confiance, comme une remise en question de leur compétence. Pourtant dans bien d'autres professions, c'est un mécanisme "naturel". Nous devons à certains moments expliquer les raisons qui nous ont fait agir comme cela. C'est dommage qu'il faille légiférer pour bien faire comprendre cela (v. décret sur l'Inspection), mais c'est le contre-coût de toute corporation reconnue.
Parfois simplement demander à quelqu'un de faire son travail est perçu comme un harcèlement moral inacceptable.
Je remarque quand même que plus de 80% des enseignants tentent d'être les plus professionnels et les plus soucieux de leurs élèves ... et je suis persuadé qu'il existe dans tous les établissements quelques-uns qui n'apportent quelque chose que quand ils partent ...
Pour revenir au sujet de départ, il est vrai qu'actuellement, pour être "bon" enseignant, il faut avant tout le vouloir. La pénurie dans certaines disciplines amène aussi le recrutement de personnes qui ne recherchent qu'un salaire ... et le système statutaire bétonne trop rapidement certaines situations ... pour des années... pour des tas d'autres élèves ...
Pour conclure, il est étonnant de voir comment des enseignants, dans leur rôle de parents, ont parfois les conduites qu'ils condamnent chez les autres ... Relativité, sans doute ...
Le corporatisme est sain quand il s'accompagne d'une régulation interne à la profession. Ce n'est pas le cas du réseau officiel de la communauté française, sans doute trop "politisé", trop "syndiqué". C'est justement ce manque de régulation interne qui ne permet pas une (re)valorisation de la profession. Pour le reste, mon sentiment de parent est que l'école n'est plus perçue comme un droit, mais comme une épreuve qu'il faut passer à tout prix. Un papa me disait, soulagé, "mon dernier a fini sa rhéto, malgré les profs". Triste triste évolution de notre société, n'est-ce pas? Pourtant j'ai rencontré et rencontre encore des profs formidables, qui m'assurent qu'ils rencontrent encore des élèves formidables. Mais d'où viennent donc tous ces problèmes?
Votre conclusion me rassure... si un prof de math est absent lors d'une réunion de fin d'année, ses examens doivent être visibles par les parents. Il n'a de plus pas le droit de vous tutoyer (sauf si vous avez commencé ou proposé ce tutoiement) mais j'ose espérer que ce genre de cas est marginal.
Il existe un peu plus dans le supérieur où j'y ai déjà assisté 2 fois par personne interposées (pas le tutoiement, l'examen invisible après échec monumental) dans le secondaire, votre témoignage est l'un des seuls qui j'entends dans ce sens, ce qui me confirme à mon grand soulagement que ce genre de cas est marginal...
Il existe aussi des profs de dessin tueurs en série, mais ils sont rares... Et le seul connu a été arrêté récemment, bonne nouvelle!
Il m'arrive de plus en plus souvent de me dire que l'école n'est pas le meilleur lieu d'apprentissage ... Beaucoup de temps perdu et beaucoup d'incompréhension. De plus en plus d'administratif ...
L'école est trop "politique", chaque gouvernement veut y mettre sa marque, sans enlever celle des autres ... cela ne ressemble parfois plus à rien. Le principe des "droits acquis" est aussi le premier empêcheur d'amélioration. Faudrait pouvoir partir d'une feuille blanche pour reconstruire l'école ...
On est dans une société où tout va mal ... ce qui revient à dire que tout fonctionne ;-) En Belgique, tout le monde râle, critique tout et rien ne semble changer, car on a aussi les politiques qu'on élit.
Qu'attend-on ?
Comme pour le climat, Monsieur, on attend la mort du dernier ours blanc avant de prendre son vélo pour aller travailler.
ce serait sympa de me donner quelques tuyaux pour voter car pour moi c'est un réel casse tête et je suis convaincue comme vous qu'on a les politiques qu'on élit
Nos parlementaires ont pour mission de veiller à faire entendre notre voix lorsqu'ils discutent en commission. Ecrivez-leur, posez leur vos questions, c'est leur boulot de vous écouter en tant que citoyenne. Internet est un outil merveilleux, si vous cherchez parlement de la communauté française sur google, vous avez accès à tous les comptes rendus des commissions de l'éducation qui se tiennent le mardi matin. Leurs mails sont accessibles sur le site, je ne vois pas comment se faire entendre autrement. Il y a aussi la pétition ecolenotreaffaire.be, je l'ai mise en lien sur mon blog... Si chacun fait un petit quelque chose, c'est mieux que lever les bras au ciel; c'est comme l'environnement, si chacun trie un petit peu ses déchets, gaspille un peu moins d'énergie....peut être que ça pourra marcher. Ne comptez ni sur la chance, ni sur le mythe de la science... faut bien retrousser ses manches, même si ce n'est pas pour nous, ce sera pour nos petits enfants.


Au risque d'encore m'attirer les foudres de quelques fonctionnaires, je pense que l'administration de l'enseignement a atteint son niveau d'incompétence. Relisez les dernières décisions et circulaires, vous remarquerez que le centre des préoccupations, càd l'élève, a disparu : on parle de règlement (centre des préoccupations = ne pas être pris en défaut), on parle d'évaluations (centre des préoccupations = jugement) au lieu de faire de l'école un endroit où les enfants viennent pour apprendre. Mes enfants sont passés du réseau officiel au réseau libre, je peux affirmer que ce sentiment était ressenti avec plus d'intensité dans l'école du réseau officiel. Le centre des préoccupation de la préfète n'était pas mes enfants, mais bien de correspondre à ce que son pouvoir organisateur attendait d'elle. Dans le réseau libre, lorsque je rencontre le directeur, on ne parle que de mes deux fils. Autre remarque : j'ai eu l'opportunité d'être "interrogée" -je vous assure, c'est comme ça qu'ils le disent- par deux fonctionnaires du service d'inspection : elles nous ont expliqué qu'il faut qu'on comprenne que les enseignants doivent" se protéger des parents". Le gâchis ne vient ni des élèves ni des enseignants. Mais d'où peut-il bien venir???