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anne-b

Désaccordé

Publié il y a 6 mois par Anne-b dans Ecole de l’échec ou école de la réussite ? .

Désaccordé

 

Pays des vacances éternelles

silence moelleux des mercredis après-midi

quelque part, dans le jardin des vacances,

rêve la fleur professeur.

Elle rêve, ne sait faire que ça

que voulez-vous, en vacances, on ne pense pas.

 

C'est un petit bout de rêve court et acide,

tout petit rêve égratigné,

comme une boule dans le ventre d'un journal de classe qui pleure.

Sous le rêve, les souvenirs endoloris du professeur,

les heures face aux bancs sous les chahuts noirs et blancs,

sans filet. Sa sueur, sa salive et sa peur.

Qui veut essayer?

Souvenir amer des heures évanouies

où il raccommodait les haillons de copies abandonnés à ses soins magiques.

Copies boutonneuses,

rouges à lèvres méprisants

et si peu de choses à dire malgré les chewing-gums savants

qui créent les mots parfumés

« ta gueule, ta mère ».

 

Pauvres petites têtes éteintes comme des mégots consommés

consommés par l'envie

l'envie d'avoir et d'avoir l'air bien beau riche, beau gosse endormi sous ton fric,

le froc pendouillant des culs arrogants,

rien ne les allume

que ces caleçons qui dépassent,

rien ne les allume,

peu de combats,

un ordinateur et des thunes, ça suffira.

Plaies béantes d'une jeunesse qui s'en fout :

le savoir est une anecdote,

un zéro se répare comme on colmate un trou,

ni vu ni connu sous l'air docte

de Messieurs les Recours, dans leurs pantoufles de réussite.

 

Pauvres petites têtes brutes

abandonnées par l'effort,

courtisées par les bagnoles, les fringues et salles de sport,

narguées par les propositions subordonnées

des textes trop compliqués.

Fantoches d'une société courant d'air,

tout s'envole même leurs rêves

griffonnés sur les feuilles de brouillon

d'une école devenue pour eux la prison.

 

Je les aime, pourtant

pense l'orfèvre de la didactique.

Quand la brume les quitte,

il arrive que leurs regards se mettent à valser

sur un petit air de savoir sympathique.

Il polit ses cahiers comme des bijoux,

consacre des heures secrètes à créer

pour que toujours les regards assoupis se mettent à valser.

Alchimie de l'élève...

Mais le monde s'en fout

se fout de cette fleur qui s'efforce de ne pas faner,

des efforts déployés patiemment

afin qu'éclosent des bourgeons

aux parfums différents.

 

Les bonnes gens qui pensent se tordent de rire.

Chagrin des professeurs? Restons sérieux!

Le chagrin ennuyé de ceux qui n'ont rien à faire

qu'à tenir un journal de classe

vingt heures,

malheureuses,

et malgré ça ils se plaignent!

se rient les petites gens

qui s'affairent,

sentent qu'ils sont dignes et fiers,

petites gens importants derrière leurs cravates autoritaires

et leurs airs bien pensants.

La valeur d'un homme se mesure au sourire de son portefeuille

à ses 40heures

à sa bagnole de société, il l'a tant méritée.

Un prof ne mérite pas un portefeuille souriant, disent les gens importants.

Sans scrupule pourtant

ils abandonnent leur chère couvée à ces fleurs fanées

qui vivent et meurent dans les cours de récré.

 

Quelque part sur le bûcher des vacances,

on a brûlé une fleur professeur.

Avec elle se consument les livres et les heures offertes avec bonheur aux petits.

Les petites gens qui pensent ont brûlé une, deux, trois fleurs.

Mille fleurs s'envolent voir ailleurs si l'air est meilleur.

Une à une elles se consument

et s'en vont en fumée.

Et dans ces effluves de rêves brûlés,

sont vos enfants, musiciens désarmés.

Malhabiles, ils exécutent une partition trop difficile

sur un piano désaccordé.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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