Ecole de l'apprentissage ou école de l'appropriation?
Publié il y a 4 mois par Zabou dans Ecole de l’échec ou école de la réussite ? .
Un psychologue français s'est intéressé au phénomène de l'illettrisme qui persiste depuis un siècle, ceci malgré des pédagogies qui ne cessent de se remettre en question.
Après avoir étudié comment le petit enfant s'appropriait de lui-même l'écrit avant d'arriver à l'école, par des griffonnages souvent incompréhensibles pour nous, Mr Besse propose de s'intéresser à l'apprentissage de l'écrit non pas comme une reproduction de "ce qui est vu en classe" mais par une appropriation des logiques des mots liés aux sons, aux syllabes, aux critères physiques (longueur des mots). Il s'agirait d'étapes cognitives, non pas évolutives comme chez Piaget mais qui devraient toutes avoir eu lieu pour accéder à l'écrit, dans un ordre aléatoire.
Extrait du livre de J.-M. Besse, "L'écrit, l'école et l'illettrisme", Magnard, 1995
"Alors que l'ensemble du corps social s'est peu à peu dessaisi de ses responsabilités dans cet accès à l'écrit, l'école, notamment en laissant croire - par ses pratiques - que l'on pouvait faire de la lecture une discipline d'enseignement, une acquisition instrumentale, une fin en soi, a contribué, malgré elle, à exclure de l'écrit un grand nombre d'enfants, puis d'adultes.
Le rapport à l'écrit a donc été "scolarisé", et l'institution éducative a réussi, dans cette entreprise, bien plus qu'on ne le croit, puisque ses modèles majoritaires d'apprentissage et d'évaluation comme aussi sa représentation dominante de ce qu'est l'activité de lecture et d'écriture ont envahi le champ social, y compris l'entreprise, qui a parfois tendance à reprendre telles quelles les certifications universitaires, traduisant les qualifications scolaires en compétences professionnelles.
(...) Or cet accapparement de l'écrit par l'école s'est renforcé avec l'obligation scolaire, comme si l'école seule avait à voir avec l'accès à l'écrit : il faut se souvenir - les historiens l'ont montré - que l'alphabétisation de la France ne s'est pas produite du fait de la seule action de l'école. (...) on pourrait avancer que l'écrit est chose bien trop importante pour être laissée aux seuls pédagogues : il reste que l'école est bien co-responsable de l'illettrisme et qu'il s'agit à présent d'envisager comment elle pourrait s'acquitter de ses missions." (p. 111)
Et au sujet de l'évaluation, Mr Besse dit ceci : "Si l'évaluation ne conduit pas à apprécier ce qui est construit par l'élève, ce qu'il s'est approprié de l'écrit, maître et élève ne risquent-ils pas de demeurer dans l'illusion du savoir de l'élève; n'est-ce pas cette illusion qui a caractérisé nos sociétés vis-à-vis de l'illettrisme avant sa manifestation sociale?" (p. 110)

