Extraits de "Education impossible" de Maud Mannoni (1973)
Publié il y a 2 mois par Zabou dans Ecole de l’échec ou école de la réussite ? .
Dans l'enseignement, le désir de savoir de l'élève se heurte au désir du maître... que l'élève sache, annulant ainsi ce qui pourrait valablement soutenir le désir de l'élève. (...) Le drame a généralement pour enjeu l'exercice d'un pouvoir. Ionesco en donne une illustration dans cette pièce devenue classique : La leçon. On y voit comment l'ardeur d'apprendre chez la jeune élève se transforme (de par l'intervention du maître) en dégoût. D'intelligente, elle devient stupide et aphasique. Le maître, de son côté, met en scène une haine sadique, masquée par l'idéalisation de l'élève; lorsque la haine apparait, c'est sous la forme d'un passage à l'acte, meurtrier : le combat qui s'engage a tout, en effet, d'une mise à mort de l'élève dont il faut, dit le maître, tuer l'amas d'ignorance. On voit là (et cela se vérifie dans notre pratique quotidienne) comment la mise en place d'une relation enseignante peut (comme en psychiatrie) se trouver pervertie : par le désir inconscient du maître. (p. 37)
"L'adaptation scolaire, écrit F. Dolto, est maintenant à part de très rares exceptions, il faut le dire, un symptôme majeur de névrose." Les analystes ont alors affaire à une nouvelle forme de "maladie" qui, elle, n'a pas à être "traitée", il s'agit du refus d'adaptation, signe de santé chez l'enfant qui refuse ce mensonge mutilateur dans lequel la scolarité l'emprisonne. On envoie ce type d'enfants grossir le rang des dyslexiques et retardés scolaires, mais aussi celui des caractériels et délinquants. Quant aux psychotiques, c'est nous qui les asilisons. (p.38)

