L'autre côté de l'arène.
Publié il y a 6 mois par Mungo dans Ecole de l’échec ou école de la réussite ? .
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Je suis actuellement en rhétorique et j'ai pensé qu'il serait intéressant de lire le point de vue d'une élève à propos de nos écoles.
Pour tout vous dire, aujourd'hui, l'occupation générale des élèves est de gratouiller les points. Car tout tourne autour de ça. Les points, c'est le diplôme. Je pense qu'on accorde trop d'importance à cette chose "matérielle". Ne vous étonnez plus que 50% suffit à rendre joyeux un élève. Pourquoi la culture n'intéresse plus? Trop de pression, on court après les appréciations de professeurs subjectifs dont on finira par désapprouver les méthodes au moindre accrochage ou mauvaise note. Pourquoi les enfants fuient-ils la connaissance? Simplement parce qu'ils sont habitués à être encadrés. La jeunesse a toujours été la jeunesse. Et la jeunesse, il faut savoir par où la prendre pour mieux la laisser faire.
J'ai à présent fait "suer" mes neurones durant 12 ans, comme beaucoup d'autres auparavant. Pour quoi? Pratiquement rien en fait. De mon côté, on m'enseigne le néerlandais depuis la 4ème année de primaire. Expliquez-moi pourquoi, même avec motivation et hargne, en 9 ans de travail je sais à peine demander au conducteur d'un DeLijn de me vendre un ticket? Des professeurs et des écoles, j'en ai vu plusieurs. Je ne suis pas seule dans ce cas. C'est un exemple parmi toute une série palpitante de non-connaissances. On m'aurait laissé courrir en liberté, j'en aurais peut-être plus appris, ou du moins autant -j'en suis sûre.
Le problème n'est pas physique, les trois-quarts la nouvelle génération n'est pas autiste ou trisomique. Je pense que de commencer par l'origine du problème, soit le primaire, serait un bon début pour poursuivre au niveau du secondaire: une nouvelle manière de susciter l'intérêt des élèves. Limite les "divertir", puisque l'école restera 12 ans derrière un banc contemplé 7 heures la journée, sur lequel les feuilles polycopiées s'entassent et font baver les élèves de sommeil. Faire vivre rosa, rosam et rosae sans restriction, obligation, formatage, tradition. L'école n'est à la disposition de tous pour la "mort"! Laisser aux élèves leur créativité d'origine, car tout enfant est créatif et la perd en effectuent durant 12 ans le même type d'exercices.
Aussi, il serait utile d'avertir les jeunes étudiants suivant une formation afin de devenir enseignant, que c'est une mission plus que lourde. S'ils n'ont pas la passion, qu'ils aillent en jardinage. C'est par l'enseignement que tout passe, que le monde de demain se développe. On court au suicide ou à un monde malsain. La question de l'éducation est très controversée, je ne connais pas beaucoup de réformes actuelles la concernant, seulement les grandes lignes. Mais j'ai flirté avec des livres sur des pédagogies diverses qui se sont développées au cours du XXème siècle: la société évolue, l'enseignement doit suivre. car c'est de l'enseignement que naît la société... Aujourd'hui règne la désillusion. Les idées stagnent et les professeurs dépriment. Les élèves n'en ont que faire de l'avenir, ni pour les autres, ni pour eux-même.
L'école n'endosse, non plus, le souci d'écouter l'élève. Je ne parle pas des jérémiades perpétuelles. Les élèves sont en quelque sorte livrés à eux même. L'école est un peu la deuxième maison du jeune, sa vie. L'école donne le diplôme, c'est la fin de la mission. Après ça? Après rien: aucun élève apprendra sur les bancs comment TRAVAILLER. En même temps, comment instaurer une notion d'ambition quand la société pousse indirectement le jeune à être "désordonné" (parce qu'elle ne prône soit qu'une stabilité parfaite, soit qu'une débauche parfaite) et donne l'impression que tout coulera dans nos bouches... de soi-même (d'où? CPAS, papa et maman, ou je ne sais pas, l'inconscience est presque mendiée). D'une manière ou d'une autre, l'argent, c'est pas si difficile à trouver (à condition parfois de s'en mouiller les doigts, ce que l'école avec en parallèle avec notre société actuelle nous permet de faire, vu la facilité de l'acte... que l'on continuera à reproduire). À ce stade, je propose des cours obligatoires de "culture nationale", certains n'y ont pas d'accès et d'autres n'y trouvent pas l'intérêt. Je pense qu'il est important d'informer la jeunesse, qu'elle pense par elle-même et qu'elle se forme. Qu'elle sorte de sa bulle fictive, parce que cette bulle éclate et ça peut faire tellement mal... que vous en verrez le "beau" résultat dans une vingtaine d'années, quand cette génération dominera le monde. Mais on ne peut pas lui en vouloir, pauvre génération, victime de l'évolution de ses ancêtres.
Une pédagogie nouvelle pour une société nouvelle et qui s'innovera encore dans le futur. Et à défaut de refaire l'école, changer les cours. Si l'enfant à une bonne raison de se lever si tôt le matin, d'affronter pluie, STIB/SNCB, foule adolescente et de vivre une journée prédéfinie, il le fera.
Il y a dans ce pavé peu structuré, des idées à débattre ou à abattre, beaucoup à approfondir, pas mal à clarifier et encore foule à dire. J'espère qu'après 2 mois cette application est toujours visitée, merci à la Libre de donner la parole. Et tant pis si ce texte coule et devient un lien périmé.
4 réponses
Pour Mungo:
Je voudrais appuyer ce que vous a répondu Mab. Il est clair pour moi que votre contribution à ce forum témoigne de votre bonne éducation (famille, école, TV, amis ...).Vous savez prendre du recul, c'est un acquis formidable. Vous devriez vous appliquer à l'exercer dans tous les domaines de votre vie (matérielle - "ai-je vraiment besoin de cela ?", intellectuelle - "quelles sont les connaissances qui m'aideront à mieux comprendre le monde, à exercer mon esprit critique en toutes choses ?", à faire des choix positifs - "quelle attitude de consommation vais-je adopter pour le bien de la planète, qui est en danger ?"; spirituelle - "j'ai besoin de savoir à quoi rime ma vie, qui m'aidera à y répondre, quelles lectures devrai-je faire, ai-je besoin d'une religion, laquelle ? me rendra-t-elle autonome ou m'enfermera-t-elle dans des comportements contraires à ma culture, à la vie de la société dans laquelle je vis et vivrai peut-être très longtemps ?" .... )
Vous généralisez à tout l'enseignement ce que vous pensez à la fin de votre rhéto, attention, il y a d'autres écoles; mais vous n'avez peut-être pas eu beaucoup le choix; quel qu'en soient les raisons, c'est évidemment regrettable; mais ce que vous y avez acquis restera et vous marquera toute votre vie; 12 ans, pendant cette période de la vie où l'esprit se développe, s'ouvre au monde, où le corps devient adulte ....
Je vous devine pleine de courage et de bon sens, profitez-en, tâchez de vous investir encore dans des études supérieures si c'est possible, acquerrez un bon diplôme, c'est encore un des moyens le plus sûr pour décrocher un emploi rémunérateur, tant matériel qu'épanouissant. Et, bonne route.
Bravo Mungo pour ton engagement en contribuant à ce forum! Je rejoins les réponses qui t'ont été données: en tant que maman de trois adolescents et en tant que prof, je trouve que tu as un niveau plus élevé que la moyenne : pour te dire, j'ai enseigné au troisième degré technique et les élèves n'y utilisaient pas la ponctuation (je me suis tiré les cheveux en tant que prof de français!!!).
Mais j'écoute aussi ce que tu as à dire et je te rejoins car je sens chez mes élèves un besoin de reconnaissance et un besoin d'autonomie qui n'est pas satisfait. Si on faisait plus confiance en nos ados, peut-être qu'ils nous prouveraient qu'ils le méritent... Je le vis actuellement avec mon fils de 17 ans qui est en rhéto générale. Je suis une mère très permissive et je lui concède beaucoup d'autonomie à condition qu'il réussisse ses études. On verra en fin d'année si cela portera ses fruits, à ce bulletin-ci, il n'a qu'un échec à 9 sur 20... Effectivement, il flirte avec les 50 % et il prend des risques.


Chère Mungo,
je pourrais être ton professeur. Je dois d'ailleurs dire que ce serait un plaisir, étant donné que manifestement tu réfléchis et que, comble de la félicité, tu sais écrire convenablement.Tu représentes en fait le rêve d'accomplissement de tout professeur digne de ce nom. Ce que tu en feras dans les prochaines années t'appartient évidemment, mais il est manifeste que tu es bien partie.
Oserais-je te dire que si tu écris et réfléchis, c'est probablement parce que tu as fait "suer tes neurones" depuis près de douze ans? Tu peux bien entendu avoir l'impression que ces années d'école furent passées en pure perte. Mais ce n'est pas ce que ton billet me montre, même si je suis évidemment prête à reconnaitre à ton entourage sa part de travail dans cette réussite.
Que tu pratiques mal le néerlandais après tant d'année a une explication fort simple : à 23 élèves en moyenne par classe, cela fait moins de trois minutes par heure de cours par tête de pipe pour la pratique orale, douze minutes par semaine, à la condition expresse que l'on ne fasse que de l'oral, et tu sais que c'est impossible. Mais si tu allais passer quelque temps aux Pays-bas ou en Flandre, tu t'apercevrais vite que les notions théoriques de grammaire et de vocabulaire engrangées forment la base indispensable à la pratique de la langue.
Ce n'est pas parce qu'on a l'impression d'avoir perdu son temps que cette impression est exacte. Tu parles de toute une série de "non connaissances" et tu dis que tu en aurais appris autant si on t'avais laissé ta liberté. Je ne le crois pas. Tu aurais pu en apprendre plus dans certains domaines précis qui te plaisent davantage (qui t'en empêche, d'ailleurs?). Mais dans des tas de domaines, tu n'aurais guère avancé. Tu as fait des humanités générales, manifestement. Le mot "générales" dit tout. On a voulu te transmettre les bases des connaissances dans le maximum de domaines possible, dans le but de faire de toi une jeune adulte capable de prendre sa place dans la société. A charge pour toi de décider par la suite ce que tu privilégieras. Ton diplôme de secondaire est la preuve que tu es dotée des outils nécessaires à ta propre prise en charge. Il est clair que tu as tiré parti de ce qui t'était proposé, même si, tu as raison, ce pourrait être encore mieux et plus.
Mais vois-tu, et sans vouloir te flatter, tu fais partie d'une minorité (tu t'en rends d'ailleurs compte lorsque tu écris que 50% suffisent à rendre joyeux un élève - si tous ceux qui se contentent de cela se mettaient la barre plus haut, il est probable qu'ils trouveraient plus d'intérêt à ce qu'on leur fait faire, l'intérêt pour une chose arrivant généralement quand on prend la peine de s'y intéresser). Une grande partie des élèves - je dis élève, parce qu'à l'école obligatoire on est élève, et non pas étudiant - n'atteignent pas ton aisance, non pas parce qu'ils en sont incapables, mais parce qu'ils ne consentent pas à faire suer leurs neurones. Aucun de mes élèves, actuels et passés, n'aurait pu écrire ta contribution. Pas parce qu'ils manquent de moyens intellectuels, mais parce qu'ils ne consentent pas à l'effort que cela demande.
Une rectification enfin : la société ne nait pas de l'enseignement. Il n'y a pas eu, avant le 19ème siècle, d'enseignement généralisé. L'enseignement nait de la volonté de la société. Quand la société n'accorde plus de valeur à son enseignement, ou que la société décide de subordonner l'enseignement à des valeurs moindres (le profit, par exemple, ou le divertissement), elle récolte ce qu'elle demande : des élèves attachés au profit (les points, ou les sous) et sans intérêt pour la culture (qui ne devient divertissante que lorsqu'on a fait l'effort de la connaitre un peu). Une école beaucoup plus conformiste et formatée que celle que tu connais a pourtant produit beaucoup plus d'esprits libres et ouverts par le passé que maintenant. Il faut connaitre quelque chose pour pouvoir le rejeter ou l'améliorer en connaissance de cause. Les élèves à 50% ne seront probablement jamais de véritables esprits libres. Il y a de bonnes chances pour que toi, tu le deviennes. Alors, bon vent!