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kahel

La réussite, affaire de tous

Publié il y a 9 mois par Kahel dans Ecole de l’échec ou école de la réussite ? .

Chaque élève veut "réussir", c.à.d. être quelqu'un et être reconnu comme tel. Si cette réussite peut s'inscrire dans le cadre scolaire, c'est tant mieux pour tout le monde : pour lui, ses parents, ses professeurs, son entourage. Sinon, il cherchera d'autres voies, moins orthodoxes, pour arriver à être reconnu comme personne, voire comme « caïd ».

C'est son affaire, direz-vous ? Sans doute, mais pas seulement. Pour réussir à l'école, il faut arriver à s'inscrire dans une collectivité, à s'ajuster non seulement au niveau intellectuel mais aussi aux habitudes de celle-ci et à toutes sortes de petits impondérables qui sous-tendent le groupe. C'est vraiment très difficile pour certains enfants : tel parle à la maison une autre langue qu'à l'école, tel autre souffre d'un handicap (surdité, cécité, etc.), un autre encore se sent différent par la couleur de la peau, l'accent ou les vêtements... Et il y a encore un très grand nombre d’autres causes, plus ou moins graves, qui sont source de blocages face au travail scolaire.

Pour lever ces obstacles, il y a d'abord bien sûr le travail des enseignants dans leur classe de quelque 25 élèves ; la plupart font vraiment de leur mieux mais beaucoup d’entre eux se vient dépassés par l’ampleur et la diversité de leurs tâches. Il y a ensuite les parents… pour autant que leurs occupations professionnelles leur laissent assez de temps pour « refaire » - ou faire – les études en même temps que leurs enfants ; et à condition qu’ils en aient la capacité ou le loisir.

Mais il y a aussi tous les autres : les copains, les voisins, l’entourage. Comment cela ? Serait-il impossible d’encourager chez nos ados une vraie solidarité, celle qui vise un « développement durable », bien au-delà du copion faussement sauveur ou du SMS hasardeux ?
Quant aux adultes, beaucoup seraient capables, avec un peu de bonne volonté, d’aider un jeune en difficulté à se remettre en selle. Ne croyez pas que ce soit utopique : je connais un monsieur qui le fait depuis bientôt 50 ans. Il était enseignant, c’est vrai. Mais son aide a toujours été essentiellement de l’ordre de la pédagogie et n’est donc pas liée à la discipline qu’il enseignait : le but qu’il a toujours poursuivi était – est encore – d’amener l’élève à se forger une méthode de travail, à se responsabiliser, voire à changer d’option si c’était nécessaire. Tout cela a commencé en 1960, lorsque les événements au Congo ont incité certains parents à renvoyer leurs enfants dans un internat en Belgique alors qu’eux-mêmes restaient là-bas. Ces enfants étaient souvent très perturbés et n’avaient pas seulement besoin d’un soutien scolaire… Alors ce tout jeune prof, jeune marié de surcroit, en a pris quelques-uns en charge : quelques heures d’étude chez lui, une invitation à partager le repas familial, un jeudi après-midi – oui, c’était alors le jeudi – en balade… Le bouche-à-oreille a vite fonctionné et depuis lors, ça n’a jamais cessé. Sans distinction de réseau scolaire fréquenté ni de niveau d’études, du primaire à l’université, en passant par le professionnel, sa porte était ouverte à tous. Remarquez que cela n’a porté aucun préjudice à ses 5 enfants que cette maison ouverte amusait plutôt. Aujourd’hui, les années commencent à peser et le nombre d’élèves aidés a donc diminué, mais il y en a toujours.

Deux questions, peut-être… Le prix ? Et, plus important, les résultats concrets ?
J’ai dit plus haut l’importance attachée à responsabiliser les  enfants eux-mêmes. Pas question donc de faire payer les parents, d’autant moins que pas mal d’entre eux auraient pu difficilement le faire. Ce n’est pas gratuit pour autant : à chaque élève aidé, on demande d’en aider un autre à son tour, dès qu’il le pourra, dans le domaine où il en sera capable. Je dois dire que certains le font aussitôt, ainsi une rhétoricienne qui s’empressa d’expliquer la conjugaison latine à une débutante un peu dépassée par les événements. Mais plus nombreux sont ceux qui honorent fidèlement leur promesse de solidarité bien plus tard, quand ils sont engagés dans une profession.
Quant aux résultats, ce n’est évidemment pas 100 % de réussites scolaires ou universitaires mais sûrement plus des 2/3. Et, pour ce qui est des réussites « humaines », je peux affirmer qu’on n’est vraiment pas loin des 100 %...

Si ce message pouvait amener ne fût-ce qu’un(e) lecteur (trice) à consacrer un peu de son temps, un morceau de ses week-ends, une partie de ses vacances à remettre debout un jeune en difficulté, ce serait merveilleux.

1 réponse

morrigane

Bravo! Très émouvante l'histoire de ce professeur . Merci de nous faire partager ce moment d'humanité

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