Merci à ceux qui viennent quand même au cours de Français
Publié il y a 4 mois par Jamfredo dans Ecole de l’échec ou école de la réussite ? .
J'ai appris par le PMS de mon école qu'en professionnel, en communauté française, les cours généraus Français, Math, ... n'entraient en ligne de compte pour la réussite ou l'échec d'un élève que si ses points de pratique étaient vraiment proches de l'échec (ou qu'il en avait au moins un s'il y a plusieurs cours pratique, comme par exemple en hôtellerie...)
Certains élèves ont brossé toute l'année le cours de mon collègue en mathématique et réussissent !!!! Il parait que c'est la loi.
Si c'est la loi, je comprends l'intention : un bon cuisinier très faible en français pourra trouver du travail. Mais finir analphabète et ne pas maitriser la règle de 3 empêchera ce cuisinier d'être autonome. De plus brosser toute l'année un cours (quel qu'il soit) traduit un manque de volonté qui DOIT, selon moi, être sanctionné. Ne pourrions-nous imaginer des coters éliminatoires comme 25% ou même juste 20% ????????? Je plaignais mes collègues de gym qui devaient laisser passer des jeunes n'étant jamais venus à leur cours, on fait la même chose avec le Français et les math.
Ecole de la réussite est-il obligatoirement lié au nivellement par le bas ?
Comment motiver les jeunes à ne serait-ce que VENIR aux cours si cela ne change rien à leur année ? Ils ont des CM comme ils veulent, ils me l'ont encore dit. Et au pire ils viennent dormir en classe si le médecin est de mauvaise humeur...
Madame Simonet n'a pas répondu à ma demande d'entretien de mi-septembre, pourrait-elle le faire via ce journal ? Ou un de ses collaborateurs ? Merci d'avance.
13 réponses
Oui, un gros espoir, je vais de ce pas y voir et l'imprimerai en cas de besoin pour les délibérations...
J'ai trois élèves illettrés sur quatorze en 5-6P restauration. Je sais que les sixièmes réussiront tous leur qualification professionnelle en juin (ils ont les points suffisants en pratique, où d'ailleurs ils sont d'un niveau acceptable même si effectivement, ils seraient largement incapables de faire autre chose que d'obéir aux ordres).
La question qui se pose (et je sais qu'on va faire pression sur moi aux délibés parce que, quoi qu'il arrive, je maintiendrai l'échec en français, même si, bonne fille, j'organise un oral pour sauver ce qui peut l'être), c'est celle de l'entrée en septième. La 7P étant organisée pour délivrer éventuellement le CESS, tous les 6P ayant réussi peuvent s'y inscrire. On se trouve donc à DONNER le CESS à des élèves d'un niveau d'école primaire (et encore, j'en ai un qui n'a jamais obtenu son CEB!) puisqu'on ne voit pas comment le refuser à des gens qu'on a laissés aller "jusque là". Certains d'entre eux, impavidement, vont alors s'inscrire dans le supérieur.
Cela donne évidemment un sentiment très net, celui de marcher sur la tête avec enthousiasme. Mais n'est ce pas ce que nous sommes poussés à faire depuis bientôt trente ans?
J'ai vécu la même chose dans la section hôtellerie, en tant que prof de français. J'ai d'ailleurs choisi de quitter cette branche car c'était pas possible, en sixième, de tout revoir, je me tirais les cheveux!
Je m'étais aperçue qu'ils ne maîtrisaient pas les liens logiques non plus, dans la phrase.
En fait, je trouve qu'on ne peut pas les rattraper et qu'on doit les laisser passer malgré tout, une collègue me racontait qu'une connaissance illettrée était un excellent cuisinier, cela ne l'a pas empêché de gagner sa vie!
Par contre, je vous invite à lire ce livre : "L'écrit, l'école et l'illetrisme" car l'auteur psychologue y revendique non pas l'apprentissage du français mais l'appropriation du français par l'élève lui-même. Il explique comment un enfant apprend TOUT SEUL à comprendre la logique de l'écriture et il montre que c'est le diagnostic des étapes que l'enfant n'a pas rencontrées qui lui permet d'évoluer.
Il propose une démarche par questionnement du sens de l'écrit (qui est de différer la communication) et de sa fonction pratique.
@ Jamfredo : au-delà du certificat CESS, le français est d'une importance capitale pour toute notre vie puisqu'il nous permet de ne pas perdre trop de sous (en lisant les conditions commerciales) et de se défendre (en faisant des courriers). Mais pourquoi se plaindre de l'absentéisme? Moi, je trouve qu'il est plus correct d'être absent si le système le permet que d'être présent et de perturber le cours. C'est leur vie après tout, il faut leur faire comprendre que c'est leur choix et attirer leur attention sur les conséquences éventuelles mais pourquoi s'en plaindre? Nous avons plus de temps à consacrer à ceux qui veulent vraiment y arriver... N'oublions pas que nous travaillons dans un système destiné à former une élite, et n'accablons pas ceux qui n'ont pas la volonté de se donner les moyens de progresser...
Il faut en finir avec l'utopie d'une formation à un niveau identique... Je trouve que le problème, ce sont les entreprises qui le rencontreront, quand elles sont confrontées à l'illetrisme. L'ASBL Lire et Ecrire commence à travailler avec l'entreprise car cela ne les empêche pas de trouver du boulot, apparemment...
Je vous comprends pour les absents : pour être franc, je pense comme vous que c'est une bonne chose mais 2 problèmes se posent :
1) Ils se sentent parfois obligés de venir (allocations, parents qui ne les supportent plus à la maison, ennui, fille à draguer, ...) et perturbent encore plus le cours que lorsqu'ils venaient plus ou moins régulièrement. Sans compter que notre Direction nous impose de les remettre en ordre.
Alors je préfère ma minorité d'élèves qui vient moins de 10 jours par an (parfois moins de 5 jours, en comptant les examens) car ceux-là, pas besoin de les remettre en ordre, ils perturbent très rarement le cours et tout le monde (sauf eux parfois qui expliquent qu'ils avaient des certificats médicaux) comprend qu'ils échouent.
2) Les élèves qui trouvaient normal de venir (AVEC UN COURS) et de travailler (ils étaient rares) se découragent et viennent pour papoter uniquement, la majorité n'a même plus de stylo ou de bic. Tout est une question de comparaison. Si les mauvais élèves ne viennent même plus, les autres élèves viennent sans matériel et les tout bons viennent avec leurs cours et ne font presque rien. On a toujours besoin de se comparer, surtout quand on est jeune et qu'on se cherche et si des situation inacceptables (brossage 3-4 jours par semaine) deviennent courantes, tout un groupe est tiré vers le bas.
Où il est question de littératie...
Extrait de ce site :
http://www.changement-egalite.be/spip.php?article1670
« La littératie est l’aptitude à comprendre et à utiliser l’information écrite dans la vie courante, à la maison, au travail et dans la collectivité, en vue d’atteindre des buts personnels et d’étendre ses connaissances et ses capacités » [5]. Ce néologisme vient de l’anglais litteracy, opposé à illitteracy, illettrisme... « La “littératie” englobe à la fois des capacités de lecture et d’écriture et se définit plus généralement comme un rapport de familiarité avec l’écrit tel qu’il permet à l’individu de développer ses connaissances par le canal de l’écrit. Le concept de “littératie” recouvre des aspects cognitifs (compétences, démarches, habiletés, stratégies…) et non cognitifs (attitudes, motivation, intérêt envers l’écrit…) » [6]. L’OCDE a étudié le niveau de littératie de la population adulte d’une vingtaine de pays développés. Les conclusions de cette étude sont interpelantes : au moins 15 % des adultes n’atteignent pas le niveau le plus faible de littératie et de calcul (niveau 1) dans 14 des 23 pays – dont la Belgique (Flandre) – qui ont participé à l’étude. L’OCDE définit cinq niveaux, en fonction de trois aspects : la compréhension de textes suivis, la compréhension de textes schématiques et la compréhension de textes au contenu quantitatif. Le niveau 1 traduit un niveau de compétences très faibles : la personne peut, par exemple, être incapable de déterminer correctement la dose d’un médicament à administrer à un enfant d’après le mode d’emploi indiqué sur l’emballage. Au niveau 2, elle peut lire uniquement des textes simples, explicites, correspondant à des tâches peu complexes. Elle se débrouille au quotidien, mais ne pourrait assimiler de nouvelles compétences professionnelles. Le niveau 3 est le niveau nécessaire pour terminer des études secondaires et entrer dans le supérieur. Aux niveaux 4 et 5, correspondent des compétences supérieures en traitement de l’information. (...)
@ Jamfredo : parfois le Conseil de classe peut confirmer la réussite du CQ6 et non pas le CES (certificat d'études supérieures) pour les 6es au vu des résultats obtenus dans les cours généraux. Ainsi, l'élève pourra aller travailler comme ouvrier spécialisé dans sa matière, mais sans prétendre à une certification d'un niveau d'étude. Il est vrai que ces décisions peuvent se prendre par vote et que le nombre de profs de cours généraux n'est pas nécessairement le même que ceux de cours pratiques ... Il est vrai qu'aussi certains pensent parfois à la vision sociale que le CESS pourrait apporter. Sans cautionner, ce sont les motivations réelles qu'il faut arriver à faire éclore au sein du Conseil de classe ...
Beaux débats en perspective et quelques frustrations ...
Justement, les motivations réelles, soit il s'agit de se dire que le CESS ouvre des portes et c'est un cadeau à objectif social (en DERNIÈRE année) mais on dévalorise par là aussi ce diplôme de secondaire en l'"offrant" à des élèves d'un niveau de 2ème primaire soit on choisit d'être objectif (et accessoirement juste...) Mais en 3-4ème, laisser passer avec de tels échecs revient pour moi à dire que l'élève peut passer les 3 prochaines années à dormir en cours généraux, et donc aggraver des lacunes déjà abyssales! Et c'est cela qui m'inquiète.
Je vais tout à fait dans votre sens. La motivation est certainement la clé qui nous permettra d'avancer.
Je trouve que le milieu enseignant manque de compréhension de la psychologie de la personne, on fait comme si les hommes étaient des robots qui obéissent au doigt et à l'oeil...
S'en suivent un décrochage et une résistance tenaces.
Selon Roger Mucchielli, qui analyse le fonctionnement de la publicité et de la propagande ("Psychologie de la publicité et de la propagande") :
"Définition de la motivation. On peut remarquer les ambiguïtés de la définition de ce mot chez les auteurs contemporains. Ils nous renvoient rapidement aux besoins, aux aspirations, voire aux pulsions inconscientes. Mais à l'analyse de "l'homme motivé", on doit reconnaître que la motivation surgit à l'impact du message et de la perception d'un signal. Ce qui existe antérieurement, ce sont des "tensions latentes" ou des attitudes préorientées, mais dans la somme de ces tensions et attitudes, l'une d'elles ne devient "motivation" que lorsqu'un stimulus adéquat l'atteint, la touche, et, au sens strict, l'actualise (l'active actuellement)."
Ce que la publicité nous apporte, c'est la compréhension du fait que la motivation est un processus inconscient et pas du tout rationnel... C'est pourquoi la relation pédagogique du professeur avec son élève est si importante, il est primordial qu'il y ait une relation de confiance et cette confiance, on ne peut l'obtenir que s'il y a une promesse...
Sur la dévalorisation du diplôme : je pense en effet que nous sommes trompés, en tant que parents et élèves, sur sa valeur. Ce n'est que quand l'élève se confronte au supérieur qu'il se rend compte qu'il n'a pas les capacité acquises.
Tout ça fait fonctionner le système de l'industrie scolaire puisque ça crée des emplois, etc.
Mais cela est inacceptable dans une société démocratique qui prétend émanciper la population.
En réalité, nous devrions dire à tous que l'enseignement secondaire est destiné, pour les uns, à s'en sortir dans la vie et pour les autres, à accéder à des fonctions supérieures qui ne seront accessibles qu'aux meilleurs.
Prétendre que tous vont accéder au supérieur, c'est de l'hypocrisie...
Cette vision des choses permet d'arrêter de se crêper le chignon avec des élèves qui résistent au système! Pourquoi être si désespéré qu'une 7ème professionnelle permette d'accéder au supérieur? De toute façon, l'élève n'aura pas assez de capacité de concentration et de synthèse de syllabus pour réussir, on le sait!
Alors il faut juste bien orienter l'élève et c'est là que nous avons sans doute encore du chemin à faire...
Témoignage de parent : ma fille, ayant obtenu son CESS en technique, a essayé les études d'opticienne (elle avait de bonnes bases en chimie physique anatomie). Elle a bloqué en math... En début d'année, je me suis aperçue que les prérequis en math correspondaient au programme des études générales. Je lui ai quand même laissé sa chance... mais ça a été trop dur pour elle.
Elle essaie cette année de devenir infirmière, let us hope!!!
Pour relativiser l'importance du diplôme :
Des formations très qualifiantes sont aujourd'hui proposées par le FOREM aux demandeurs d'emploi qui n'ont (pas plus) que le CESS.
Ces formations permettent de trouver un emploi car elles sont très ciblées (bien plus que l'enseignement supérieur!).
Le seul hic : en Belgique, vous gagnez selon votre diplôme... Donc tous ces gens commenceront leur vie avec un petit salaire (mais attention : rester dans le même emploi, "faire carrière" vous permet de progresser.)
Autre point de vue pour relativiser :
Il n'est même plus besoin d'avoir un CESS pour accéder au supérieur. Dans l'enseignement de promotion sociale, on fait passer un test de français et de mathématiques aux élèves qui désirent faire un bachelier mais qui n'ont pas le CESS.
J'y donne un cours. Les élèves sont supers. Franchement, le CESS n'est pas le bon critère pour permettre à une personne de tenter une progression sociale.... Des tas de circonstances dans votre vie font que vous n'êtes peut-être pas disponible à un moment, notre système vous donne une seconde chance et je trouve ça très bien!!!!!
... une seconde chance, une troisième et bien plus encore! Mais comme vous le dites, c'est très bien car laisser quelqu'un sans aucune chance d'intégration par le travail, c'est le marginaliser volontairement et ça n'a aucun sens. La personne y perd en qualité de vie, ses concitoyens y perdent économiquement ET en sécurité (plus de violence quand on éprouve un sentiment d'injustice...)
Je vous remercie de vos commentaires que je trouve très constructif, ce genre d'échanges devrait être lu dans certains bureaux où l'on se soucie uniquement de BHV et de quels sympathisants on va récompenser par quels postes...
Merci encore!


Je ne pense pas que c'est la loi, mais le choix de l'établissement. Si je m'en tiens à ce qui est dit du Conseil de classe, c'est lui qui est souverain pour établir la réussite ou non de l'élève sur base des critères qu'il émet.
Sans doute qu'il y a une volonté de faire passer à tout prix ?
Dans l'établissement où je travaille, en tous les cas, c'est l'ensemble des cours qui est pris en considération pour établir la réussite. On n'attend pas nécessairement que les élèves réussissent tous les cours, mais de là à en placer de facto sur le côté, il y a un pas à ne pas franchir. Je pense d'ailleurs que les compétences terminales en humanités professionnelles et techniques doivent être la base de la certification en fin de parcours. Le français y est, bien évidemment, partie prenante.
Voir : http://www.enseignement.be/download.php?do_id=1669&do_check=
En espérant avoir soulevé un espoir ...