Pour sortir de la haine professeur contre parents et vice versa
Publié il y a 5 mois par Zabou dans L'absentéisme des enseignants .
J'ai rencontré dans ce forum beaucoup de rancoeur de parents vis à vis des enseignants et d'enseignants vis à vis des opinions des parents. Pour sortir de ces jugements de personnes, je pense qu'il faut considérer la responsabilité collective de l'organisation de l'enseignement. Prendre conscience du jeu et du rôle qu'on fait jouer aux professeurs dans la discrimination sociale.
Je propose ici l'extrait d'une expérience de mise en situation de prison qui, comme le "jeu de la mort" récemment proposé par France 2, nous montre comment des individus perdent leur capacité de libre-examen quand ils sont "mis en situation" et donc dégagés en quelque sorte de responsabilité individuelle. Ils en arrivent à devenir tortionnaires malgré eux...
L'extrait provient de cette adresse :
http://www.booksmag.fr/magazine/g/des-tortionnaires-comme-vous-et-moi.html
(...) Nous devons comprendre que, sous la pression, des gens bien peuvent mal agir et nous devons apprendre à structurer les situations de telle sorte qu’elles ne soumettent pas les individus à de telles pressions. Bref, il en appelle à une responsabilité collective qui, sans se substituer totalement à la responsabilité individuelle, lui serait inévitablement concomitante – du moins si l’on veut éviter que les individus soient confrontés encore et encore à des épreuves auxquelles ils ne sauront pas apporter une réponse appropriée. (...)
Apprendre la responsabilité personnelleÀ quoi devrait s’attacher une société, demande Zimbardo, qui voudrait des citoyens capables de bien se conduire en situation de stress moral ? Pour commencer, il en appelle à une éducation de la pensée critique, dès l’enfance. Dès le plus jeune âge, il faudrait encourager les enfants à porter un regard critique sur les normes et traditions qui régissent leur vie, et à poser des questions qui dérangent. Des voix qui s’élèvent quand il le faut, voilà la culture dont nous avons besoin, et nous ne l’obtiendrons, dit-il à juste tire, que si nous encourageons un questionnement socratique de l’autorité, tant à la maison que dans la salle de classe. Au-delà, Zimbardo plaide pour une culture de la responsabilité personnelle. Comme le sait tout conducteur ayant enfreint une limitation de vitesse, ceux qui se croient protégés par l’anonymat ou pensent ne pas être vus sont plus enclins aux conduites déviantes. Amener les gens à prendre conscience d’eux-mêmes en tant qu’individus dotés d’une responsabilité personnelle les rend moins susceptibles d’obéir à une pulsion agressive. L’apprentissage de la responsabilité individuelle dépend de l’éducation autant que du type de situation. Zimbardo privilégie ce second aspect (concevoir des structures qui favorisent la responsabilité individuelle), mais, avec John Stuart Mill, nous devrions aussi mettre l’accent sur le premier et penser aux moyens de donner aux enfants la capacité et le désir de se vivre non en héritiers anonymes d’une tradition, mais en tant qu’individus. Il nous faudrait leur apprendre à considérer les autres comme des personnes : lorsqu’on est conduit à voir les autres comme les membres anonymes d’un groupe, on est plus enclin à mal agir envers eux que lorsqu’on les voit comme des personnes, avec un nom et une histoire propre.
Philip Zimbardo ne s’attarde pas sur le développement émotionnel. C’est pourtant une dimension cruciale pour l’avenir d’une société qui refusera de se laisser entraîner sur le chemin menant à l’expérience de Stanford et à Abou Ghraïb. Ce qui a fait fondamentalement défaut aux gardiens de l’expérience, incapables de voir en l’autre un être humain, c’est l’empathie, et sa proche parente, la compassion. La compassion, comme l’ont magnifiquement montré les recherches de Daniel Batson, est étroitement liée à la faculté d’entrer dans l’histoire de la souffrance d’autrui avec toute la force de son imagination (2). L’imagination est un muscle qui s’atrophie dans la pensée routinière et se fortifie quand il est vigoureusement stimulé. Où l’on voit que les arts et les humanités ont un rôle vital à jouer dans la formation d’un bon citoyen."
3 réponses
Je pense que l'absence de responsabilité entraîne ces comportements déviants. ce n'est pas normal qu'une préfète ne veuille pas montrer les épreuves d'un examen qui fait l'objet d'un examen de passage, sous prétexte que les copies sont "archivées" et que le prof qui n'est pas présent à la réunion des parents est absent pour une "raison valable". Ce n'est pas normal qu'une préfète ne donne aucune suite à une plainte écrite pour humiliations de la part d'un prof, prof qui note 1/60 un élève en juin, dont 0/40 à l'oral, sans pouvoir expliquer aux parents la nature de l'échec et comment préparer la deuxième session, se bornant à répéter "manque absolu de travail". La préfète a réglé le problème en nous téléphonant en août que "tout est arrangé, votre fils n'aura plus de problème, ce n'est pas Monsieur qui corrigera les examens de septembre". En fait, on comprend très rapidement que personne n'est responsable : le pouvoir organisateur qui est la Communauté française endosse toute la responsabilité, et, en cas de problèmes, les services du Médiateur de la Communauté française et du Délégué général aux droits de l'enfant, dépendent tous deux du gouvernement de ... la Communauté française. L'anonymat des actes est garanti, les responsabilités individuelles sont tellement diluées qu'elles n'existent plus ou ne sont plus celles qu'on croit : dans cet exemple précis, un prof est délégué syndical, l'autre est "chargé de mission" auprès la commission du pilotage. Tout au bout de la chaîne, il y a l'élève, le parent, et heureusement, encore des profs qui font leur boulot... jusqu'à ce qu'ils soient fatigués de toute cette incompétence, cette mascarade, cette comédie. C'est le burn out total : plus de plaisir, plus de colère, plus de peur... l'élève vise pour avoir tout juste sa moitié, le parent paie les cours particuliers (s'il pouvait, il achèterait le diplôme), le prof fait ses heures et touche son salaire. Quel gâchis!
Assez d'accord avec cette analyse... Il faudrait ajouter à la liste des "victimes" d'un système déresponsabilisant, ajouter aux élèves, aux parents, les professeurs qui, selon le hasard des inspections, sont aussi victimes des personnalités qu'ils rencontrent dans leur vie professionnelle, de leurs capacités d'objectivation des situations. Comme ces personnes, avec leur subjectivité, suivent elles-mêmes des réglementations et croient sans doute bien faire, notre seul recours est ... la commission des recours, donc des formalités administratives lourdes et qui ne nous placent pas dans une situation de saine collaboration mais dans une situation de rivalité (on est obligés d'être "contre" pour se défendre). Tout cela n'est pas sain, on ne travaille pas "main dans la main" et c'est pourquoi notre seule liberté est de changer d'école...


je suis assez d'accord avec cet extrait : pour ma part, j'ai toujours éduqué mes enfants avec la règle des 3 R : respect de soi, respect des autres et responsabilité de ses actes...Si les professeurs appliquaient cette règle pour eux-mêmes cela changeraient probablement les relations enseignants/enfants...Cela est peut-être utopique...