Prof "génération X" face à étudiant "génération Y"
Publié il y a 3 mois par Patrick Dejarnac dans Ecole de l’échec ou école de la réussite ? .
La différence de "longueur d'ondes" entre prof de génération X et étudiants de génération Y n'est-elle pas la cause de l'échec scolaire de certains? Comment s'adapter nos cours et nos discours à des étudiants qui sont multi-tâches (qui écoutent leur MP3 en même temps qu'ils écrivent un sms, regardent MCM et étudient leurs syllabus), qui sont multi-culturels et solidaires (alors que nous, génération X, sommes davantage monoculturels et individualistes), multi-informés et multi-connectés (qui ont un accès immédiat et permanent à tout : une définition se chercher en classe, sur internet, via le portable wifi ou l'Ipod... sans avoir, comme les X jadis, a se déplacer dans une bibliothèque), qui sont multi-choix (ils zappent immédiatement quant un programme télé leur déplaît, et font de même avec un cours, une formation, un sport...), qui sont impatients dans la gratification d'une action (qu'est-ce que je reçois ou gagne si je fais ça?) et qui sont ludiques (cette génération a grandit avec les jeux vidéos).
En adaptant récemment mon cours à ces différentes caractéristiques Y, j'ai remarqué une plus grande attention, et donc un meilleur degré de compréhension et d'apprentissage chez mes étudiants. Mon questionnement est cependant le suivant : comment maintenir mon niveau d'exigence en proposant un cours "zapping"?. Il existe malheureusement très peu de littérature scientifique quant à cette adéquation entre génération Y et enseignement... au contraire du monde de l'entreprise où cette problèmatique est source de dizaines de livres de coaching et de conseils en ressources humaines!
26 réponses
Si vous voulez dire qu'en enseignant il faut tenir compte des différences entre les ados d'aujourd'hui et la génération précédente, je suis tout a fait d'accord. Cependant... vous vous demandez "comment maintenir mon niveau d'exigence en proposant un cours "zapping"?" et le problème ce trouve là...
...parce que à mon avis il reste à démontrer qu'il soit possible de faire un tel adaptation sans rien perdre. C'est à dire: il faudra pas changer les objectif, mais peut-etre bien la manière de les atteindre. Je suis sceptique, mais je suis d'accord que plus de recherche sur le sujet sera bienvenu.
Ils sont multi-tâches :certes, cela les empêche de faire quoi que ce soit jusqu'au bout et souvent aussi de trouver de l'intérêt à ce qu'il leur faudrait faire pour être au niveau. Ils ont toujours mieux à faire, l'herbe est toujours plus verte ailleurs.
Multi-culturels, oui, dans le sens où les classes sont très multicolores. Mais ils sont souvent aussi xénophobes et pas gênés de l'être. Ils sont souvent bourrés de préjugés et ce n'est pas la nuance qui les étouffe. On leur a appris à exprimer leur opinion, et croyez-moi, ils l'expriment!
Multi-choix et impatients : le problème est que cela se voit dans la "progression" de leurs apprentissages. L'impatience est une vertu quand il s'agit de se dresser contre une injustice. Le reste du temps, c'est un frein au travail et au développement des capacités
Ils sont ludiques, et c'est bien là le problème. Donc, souvent, travailler n'est pas "amusant", donc ils ne travaillent pas. Je ne compte plus les travaux non rendus parce qu'ils n'ont "pas que ça à faire.", même les travaux en classe! Alors, bien sûr, le prof s'adapte! Mais je ne suis pas sûre...
... que ça les rende multi-informés, même s'ils sont multi-connectés. En tout cas, ils ne font guère montre de leur capacité à mettre ces informations en relation, et surtout ils ne font pas de hiérarchie dans leurs informations et croient énormément de sottises (depuis les mensonges sur le ...
...Trade Center jusqu'à la mise en doute des camps de concentration). Mais ils l'ont lu ou entendu quelque part, alors c'est forcément plus vrai que tout ce que je peux leur dire. Je généralise, évidemment, tous les élèves ne sont pas ainsi. Mais, souvent, c'est cela qui rend si difficile de...
...de faire cours, tout simplement.
Bien sûr qu'il faut tenir compte de tout cela. Et j'en tiens compte. Cela améliore parfois l'ambiance en classe. Mais certes pas les "compétences" qu'on est supposé les voir atteindre.
Cela dit, je n'ai pas de remède à cet état de fait.
entièrement d'accord, Werber (loin d'être un philosophe obsolète ou hermétique) a constaté qu'on a remplacé l'ancienne censure (tyrannique) par la censure ultra-démocratique. On n'empêche plus les gens d'émettre une idée intelligente, on la noie dans un tas de bêtises... Les jeunes qui ont accès à Internet ne recoupent pas leurs sources, alors on leur montre tel ou tel reportage bidouillé qui apparaît bien classé sur Youtube (grâce à un titre accrocheur et des chaines de mails le vantant) et tous nos jeunes le regardent. On leur met msn dans les mains, ils ne s'écoutent plus en classe ou dans la cour mais envoient "salu sa vas" (orthographe préservée...) à tous leurs contacts dès qu'ils rentrent voire en classe avec leur GSM... On les manipules en leur donnant l'impression d'être plus libres et mieux informés!
croire que les ados attendent qu'on se mette à leur ressembler est d'une bien grande naïveté ; c'est bien tout le contraire qu'ils souhaitent....et s'il ne faut pas ignorer l'évolution technologique , prendre comme repère les modes de vie et de pensée ados pour donner cours, cela revient à perdre
toute crédibilité ; les ados ont besoin de se singulariser mais ont tout aussi besoin d'avoir devant eux des adultes qui ne passent pas leur à courir après eux!
Vous avez raison. Ce n'est pas le 'anytime anywhere connected' qu'il faut combattre. L'Europe est déjà larguée à ce niveau par l'Asie, Amér.latine et Nord. Ni l'aspect ludique, même si ce n'est qu'un confort / air du temps. MAIS : terminer sa tâche, son travail, respect.forme et délai : TJS!
Phil56, vous parlez comme si "comment tenir compte de ce qu'ils sont, d'ou ils viennent dans sa manière d'enseigner" n'était pas une question valable. Tenir compte de tout cela ne veut pas dire se mettre a leur ressembler, ni nécessairement baisser le niveau.
Tenir compte du fait qu'ils ne veulent pas être là et qu'ils ont "autre chose à faire que leurs devoirs" c'est baisser le niveau ou se voiler la face ...
Tenir compte du fait qu'ils ne veulent pas être là, c'est d'essayer de changer cela. Continuer comme s'ils étaient là bien volontiers, malgré le fait qu'ils ne le sont pas, c'est la démission.
Essayer de leur donner envie d'être là et d'apprendre, ce n'est pas la même chose que baisser le niveau.
Tout le problème de la fameuse "motivation" est là. Il faut motiver les élèves, s'ils sont motivés, ils apprendront. Certes, dans l'absolu du nirvana pédagolesque. Cela dit, même si vous trouvez une "situation-problème significative" de première bourre, elle ne sera jamais significative que pour...
pour une partie de la classe, en toute logique. Le ministère feint de croire que les élèves sont un ensemble homogène, qu'il est évident que si vous mettez un texte bien "révolutionnaire" (un rap, ou Diams, ou Grand corps malade), vous allez les accrocher et leur faire découvrir les subtilités de ..
l'argumentation et les plaisirs de la grammaire, sans oublier de leur permettre d'exercer leur esprit critique et de se forger une opinion ("- J'aime pas. - Pourquoi? - Pasque ça m'intéresse pas. - Qu'est-ce qui t'intéresse? - Chais pas. Pas ça." Cas vécu trois fois par semaine). Mais comme on ...
a depuis belle lurette mis sur le même pied toutes les formes d'expression et qu'on a donné la même légitimité culturelle à Camus et à Werber, à Chopin et à Johnny, à la littérature et aux témoignages bien saignants, à Versailles et au chalet suisse, bref, comme on a hissé la créativité en dogme, ..
le prof de base a perdu une bonne partie de ses chances d'arriver à convaincre ses élèves de l'intérêt intrinsèque de sa matière. Bref, notre société a déboulonné les statues jusque dans les écoles. Mais ce qu'elle a mis à la place, c'est un tas de boue. Mes élèves contestent l'intérêt de tout ...
ce qui leur est proposé; cela va de "A quoi ça va me servir plus tard ?" - ce qui en dit long sur la perte de l'idée de beauté et sur l'évanouissement du concept du bien, mais passons - à "Si j'ai envie de le savoir, vot' truc, j'peux trouver ça sur l'ordi quand je veux." Sous-entendu, "Voilà...
pourquoi je ne l'apprendrai pas." Le problème est qu'ils n'auront jamais envie de le savoir plus tard. Ils viennent en classe pour l'examen avec leur dictionnaire (enfin, un sur trois), mais me demandent quand même comment tel ou tel mot s'écrit. Je réponds qu'ils ont le dictionnaire. Ils se vexent.
Pire, ils n'y vont même pas voir. Alors, aller chercher, "plus tard", un savoir sur le net! Le croire relève de l'angélisme le plus naïf. Ils ont été bien formatés par l'air du temps. Et l'air du temps est délétère.
Je suis étonnée de "la vision négative que vous décrivez de vos élèves". J'ai un fils qui a participé au programme "tutorat" de l'ULB et il a été envoyé dans des écoles D+. Il y a trouvé des élèves qui souhaitaient s'en sortir (niveau 5e et 6e). Il a trouvé cela très enrichissant et le contact avec l'enseignant pour déterminer ,les besoins des élèves très positif. Je vous engage à faire appel à ce programme, gratuit pour les écoles car financé par un prix reçu par l'UNESCO.
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