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denis-dh

Remettre quelques idées à leur place …

Publié il y a 4 mois par Denis DH dans Ecole de l’échec ou école de la réussite ? .

1/ les enseignants, soucieux de leur seule personne …

Ce forum alimenté par quelques-uns respire la suspicion sur le métier d’enseignants ou sur l’école. Certain(e)s y voient des individus ou un système dont les motifs principaux sont de caler leur enfant chéri en utilisant tous les moyens (même pédagogiques) pour asseoir leur soif de puissance. L'école ne paraît pas juste ... comme si la société l'était ...

Clarifions un peu les différents rôles qui se côtoient dans une école :

  • Le professeur, dont le métier est d’enseigner (tout d’abord) des savoirs, savoir-être et savoir-faire à un groupe (j’insiste sur le groupe), composé évidemment d’élèves qui n’ont pas tous fait le choix d’être soit dans l’école, soit dans l’option ou le cours enseigné. Chaque élève, si gentil puisse-t-il être dans son individualité, n’est pas nécessairement le même une fois en groupe. Tous les profs le diront. L’enseignant agit face à un collectif tout en essayant de personnaliser son action, et ce, dans la mesure du possible.
  • Le parent, soucieux de l’avenir de son enfant, être unique, fait confiance a priori en un système qui délivre en fin de parcours une attestation de réussite ou d’échec. Il souhaite que le professeur connaisse son enfant et construise son cours face à ces individualités, qu'il motive chacun. Il veut le meilleur pour sa progéniture.
  • Les élèves, adolescents dans toute leur splendeur, bassinés tous les jours par les adultes qui racontent tout et n’importe quoi sur tout, qui ne côtoient, pour certains, que les seuls adultes de l’école et qui, parfois, doivent incarner les rêves de leurs parents …
  • Une société qui a tellement parlé de droits que certains en ont oublié leurs devoirs imputant à celui qui les rappelle un rôle de tortionnaire ou de non-respect des droits de l’homme. L’enfant-roi est encore une religion.

Quand d'aucuns prétendent faire la chasse à l’échec, par principe, je me demande dans quel monde nous sommes. Un échec, c’est un constat, pas une tare ou une zone de non-droit. C’est ce qu’on en fait qui est important.

Dans l’école où je travaille, école « pauvre », technique et professionnelle, à discrimination positive, du réseau libre ( ça existe aussi !), nous avons mis des moyens dans les remédiations, jusqu’à l’équivalent de 3 temps plein (!). Ça marche vaille que vaille … pour tous les élèves qui ont décidé d’y aller. Pour les autres… eh oui, en dehors de l’horaire normal, ça n’arrange pas, même pour certains parents…

Imputer l’échec aux seuls enseignants ou au système scolaire est réducteur. L’échec est un constat. La vraie question est de savoir ce qu’il exprime et là il y a espace de discussion pour tenter d’y remédier.

2/ les écoles libres = écoles riches

Dans tous les réseaux, il y a son lot de « riches » et de « pauvres ». Je m’étonne que certains osent prétendre que le libre est avantagé par rapport aux autres. Nous n’avons que 75% (et encore on ne les atteindra que dans quelques années) des moyens financiers attribués à un élève qui fréquente l’officiel et nos PO ne sont pas des communes ou provinces qui peuvent rajouter des moyens par la taxation communale ou provinciale. Ceci explique sans doute certains frais dans certaines écoles. Bien qu’il faudrait m’expliquer pourquoi avec 75% des moyens, on arrive aux résultats qu’on connaît.

Bref, pour faire évoluer les réflexions de chacun, y compris la mienne sûrement, ne faudrait-il pas mieux prendre distance, ne pas personnaliser les problèmes et s’orienter vers une mise à plat du système ?

Qu’attendons-nous d’un système scolaire :

  • une formation ? et laquelle ?
  • une certification ?

Qu’attendons-nous d’une école :

  • qu’elle différencie selon les capacités de chacun ?
  • qu’elle diplôme à tour de bras ?

Comment motiver celles et ceux qui ne le sont plus ? (En retenant qu'il est difficile de donner à boire à un âne qui n'a pas soif)

Tout le monde peut-il atteindre le même niveau ?

Quelle société voulons-nous en fin de compte ?

Ce que l’école a besoin, c’est une valorisation de tous en rapport avec ses compétences, c’est une reconnaissance du travail des enseignants et des élèves qui s’y investissent. Tous ne sont pas mauvais, fainéants ou planqués. Beaucoup travaillent avec passion et motivation. L’évolution de notre système scolaire devrait permettre d’encourager ceux-là et sans doute aussi éviter que certains s’y retrouvent pour de mauvaises raisons… On va me ressortir sans doute que l'école est un droit ... bizarrement la plupart des textes qui régissent l'école parlent d'obligation scolaire jusqu'à 18 ans ...

Ceci n’est bien sûr qu’une réflexion personnelle, basée sur mes observations sur le terrain. Mais, devant les propos parfois tenus dans ces forums, on se rend compte que l’école n’est en fait pas bien connue tant dans son fonctionnement que dans ses missions … ou qu'elle nécessite réellement une vraie réforme en profondeur !

5 réponses

noelle

Pour information : Si vous avez besoin d'encadrement supplémentaire pour vos élèves : il existe" le tutorat" : l'ULB vous envoie des étudiants motivés pour donner des cours de soutien( en dehors des heures de cours ou bien durant des heures de fourche). C'est gratuit pour l'école car ce système a obtenu un pris ce de l'Unesco et celui-ci prend en charge les défraiements des étudiants qui vous sont envoyé...J'ai un fils qui a participé à ce projet : il a trouvé des jeunes qui voulaient s'en sortir et a trouvé cela très motivant (il a été dans +sieurs écoles D+ de Bxl)

denis-dh

Merci pour l'info, je pense toutefois que ce système est principalement centré sur Bxl. Schola-ULB, pour en parler plus particulièrement, permet de valoriser justement toutes les initiatives menées ça et là. Leur site regorge de pistes, de projets, ... A visiter !

noelle

En provenance du site schola ULB :
"Les principes du Programme Tutorat et leur efficacité ont été reconnus mondialement par l'UNESCO en septembre 2004. Aujourd'hui, plus de 20 dispositifs similaires ont vu le jour en Belgique grâce au soutien de la Fondation Roi Baudouin".
Il serait probablement utile de voir via la fondation Roi Baudouin où ces dispositifs on été mis en place, avec un peu de chance votre école serait dans la zone reprise ou bien il faudrait leur demander une intervention...

zabou

Sur la notion de "devoir" : il y a quand même un paradoxe à constater qu'on parle de devoir tant qu'on est considéré comme "normal" ou plutôt qu'on s'en sort dans notre société... Dès que notre santé mentale est affectée par cette société, on va voir le psy qui répare les pots cassés en nous déculpabilisant de ce devoir...

Extrait du livre de Thomas d'Ansembourg, "Etre heureux, ce n'est pas nécessairement confortable", page 216 :

Du devoir à l'amour engagé

La notion de devoir ne facilite pas la clarification (des enjeux des responsabilités respectives, ndlr). Elle est effectivement une expression souvent sèche et austère de ce qui est, au fond, un élan du coeur, un besoin profond de responsabilité, de réciprocité et de partage, (...).
Ainsi, pour sortir du piège, il s'agit de changer d'angle de vue pour faire, par exemple, les constatations suivantes :

- nous ne travaillons pas par devoir, mais bien par amour de la sécurité matérielle, du confort, parce que nous voulons contribuer à notre communauté et au bien-être de nos proches, même si nous ne faisons pas le métier dont nous rêvons.
- Nous ne nous engageons pas dans l'action sociale, humanitaire, politique par devoir, mais bien par besoin d'exercer notre responsabilité d'être humain dans le monde, de contribuer à une société meilleure, de participer concrètement au changement social;
- Nous ne prenons pas soin de nos enfants ou de nos parents par devoir, mais bien par goût d'assumer la responsabilité que nous avons prise de faire des enfants et de manifester respect et sollicitude à nos parents.

Si je (Thomas d'Ansembourg, ndlr) reviens sur cette distinction entre "il faut" et "j'ai profondément à coeur de", (...), ce n'est pas pour jouer sur les mots. C'est pour clarifier la conscience qu'il y a derrière les mots. J'aime voir l'homme dans la dignité de sa liberté et de sa responsabilité, assumant les conséquences de l'une comme de l'autre. Ce regard-là aide considérablement à démêler les enjeux des responsabilités respectives, autrement dit à distinguer ce qui nous appartient de ce qui appartient à l'autre."

Remarque : Thomas d'Ansembourg est un ex-juriste reconverti à la communication non violente.
Le devoir n'est-il pas une notion de droit ou qui découle du droit?

En tant que prof de morale, je pense que le SENS de nos actions est à privilégier dans une relation pédagogique...

zabou

Sur l'image du "tortionnaire" : Patrick Traube, un thérapeute belge, a fait une conférence sur un sujet qui nous tient à coeur : "Eduquer, c'est aussi sévir... oui mais comment?".
Il reconnait que mettre les enfants/ados devant des règles, c'est forcément violent puisque c'est frustrant. Le bon côté, c'est que c'est structurant. Toute la difficulté est d'être un bon tortionnaire... c'est à dire de rendre la règle éducative. Car il nous apprend qu'une règle peut devenir contre-éducative.

Page 157 du livre "Violence(s), côté face, côté profil" : "Pour le psychologue ou l'éducateur (lato sensu : toute personne ayant mission d'éduquer), la loi n'est évidemment pas la règle arbitraire, gratuite ou de pure forme. Elle n'est pas la discipline idiote ou le règlement tâtillon. Elle n'est pas non plus le moyen d'exercer sa volonté de pouvoir sur l'enfant, de lui montrer sa force ou d'affirmer sa domination. Nous verrons qu'une loi conçue de cette façon n'engendre que des impasses délétères : violence (révolte) ou inhibition (repli ou fuite)."

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